4 femmes pionnières qui ont changé le monde du voyage.

Auteurs / Source des photos : Pixabay.
Contenu:
- Jeanne Baret : comment une domestique est devenue la première femme à faire le tour du monde.
- Isabella Bird : d'une recluse atteinte d'une maladie chronique à une légende du voyage victorien.
- Alexandra David-Néel : la femme qui est entrée dans le Lhassa interdit.
- Nellie Bly : la journaliste qui a battu Jules Verne.
La Journée internationale des femmes est née comme un symbole de la lutte pour la liberté et l'égalité. L'une des expressions les plus radicales de cette liberté était le voyage.
Imaginez : il y a seulement 150 ans, une femme « respectable » ne pouvait quitter son domicile sans chaperon. Voyager à l'étranger était impensable. On croyait les femmes trop fragiles, trop émotives, trop vulnérables pour entreprendre de longs voyages. Et pourtant, il y a toujours eu des femmes qui ont risqué leur réputation, leur santé, voire leur vie, et qui ont changé le monde. Aujourd'hui, nous rendons hommage à ces femmes qui ont prouvé que voyager n'a pas de genre.
Jeanne Baret : comment une domestique est devenue la première femme à faire le tour du monde.

Auteurs / Source photo : Par Inconnu - Tirage du XVIIIe siècle. Trouvé à l'origine dans Navigazioni di Cook del grande Oceano e intorno al globo, Vol. 2 (1816) d'après Cristoforo Dall'Acqua (1734-1787)., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4209183.
1766. Le navigateur français Louis Antoine de Bougainville réunit une expédition pour un tour du monde. La présence des femmes à bord d'un navire de guerre est strictement interdite par la loi. Pourtant, un jeune homme du nom de Jean Baré monte à bord, assistant du botaniste Philibert Commerson. Il s'agit en réalité de Jeanne Baret, ancienne gouvernante, compagne du scientifique et botaniste passionnée. Elle se coupe les cheveux, s'habille en homme et vit parmi 300 marins pendant deux ans et demi, gardant son secret.
Jeanne travaillait aux côtés de l'équipage : elle collectait des plantes dans la jungle brésilienne, escaladait les falaises de Patagonie et étudiait la flore de Tahiti. Elle transportait de lourds herbiers, dormait dans un hamac et mangeait du ragoût de marin. Au total, l'expédition a rassemblé plus de 6 000 espèces de plantes, dont une part importante grâce à son travail.
Elle ne fut découverte qu'à Tahiti ; les habitants la reconnurent immédiatement comme une femme. Officiellement débarquée à l'île Maurice, Jeanne acheva néanmoins son tour du monde et regagna la France en traversant l'océan Indien en 1769.
Elle n'a reçu aucune reconnaissance officielle de son vivant. Mais 200 ans plus tard, la plante Solanum baretiae a été nommée en son honneur, et une plaque commémorative a été installée.
Isabella Bird : d'une recluse atteinte d'une maladie chronique à une légende du voyage victorien.

Auteurs / Source de la photo : Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1435955.
Isabella Bird passa une grande partie de sa vie alitée. Les médecins lui diagnostiquèrent maladie sur maladie : scoliose, épuisement nerveux, insomnie, dépression. À 40 ans, elle en paraissait 60 et était considérée comme une invalide incurable. Mais dès qu’elle quittait les salons étouffants de l’Angleterre victorienne, ses maux semblaient disparaître.
En 1854, à l'âge de 23 ans, Isabella partit pour l'Amérique « pour améliorer sa santé ». Au lieu de séjourner dans des sanatoriums, elle se retrouva à cheval, parcourant les territoires sauvages du Colorado. Elle gravit les sommets des montagnes Rocheuses, passa des nuits dans des cabanes de chasseurs et traversa des rivières glacées.
Pendant les quarante années suivantes, elle voyagea : Japon, Chine, Vietnam, Corée, Turquie, Perse, Kurdistan, Tibet, Maroc. Elle chevaucha des chevaux, des yaks et des éléphants. Elle dormit sous des tentes, dans des monastères et des abris troglodytiques. À soixante ans, elle parcourut mille kilomètres à pied à travers les montagnes de Chine. À soixante-dix ans, elle entreprit une expédition au Maroc, à travers des territoires inexplorés par les Européens.
Isabella a écrit des livres qui sont devenus des best-sellers. Géographes et ethnographes ont utilisé ses photographies et ses notes. En 1892, elle est devenue la première femme admise à la prestigieuse Royal Geographical Society.
Le paradoxe : chaque fois qu'elle retournait en Angleterre, Isabelle s'affaiblissait et retombait malade. Voyager était son remède.
Alexandra David-Néel : la femme qui est entrée dans le Lhassa interdit.

Auteurs / Source de la photo : Musée Preus - Flickr : Alexandra David-Neels, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14876154.
Alexandra David-Néel a vécu une vie qui aurait pu en remplir trois. Chanteuse d'opéra, anarchiste, bouddhiste, écrivaine, voyageuse, exploratrice du Tibet — tout cela en une seule personne.
Née en 1868 à Paris, elle rêvait d'Asie depuis son enfance. À 18 ans, elle fugue pour la Suisse. À 36 ans, elle épouse un riche ingénieur, à la seule condition qu'il finance ses voyages et qu'elle puisse vivre où bon lui semble. Il accepte. Ils entretiennent une correspondance pendant 40 ans, mais ne se voient que très rarement.
En 1911, Alexandra partit pour l'Inde et y demeura quatorze ans. Elle étudia le bouddhisme tibétain dans des monastères, médita dans des grottes himalayennes et rencontra le treizième dalaï-lama. Elle adopta un jeune Tibétain, Yongden, qui l'accompagna lors de ses voyages.
En 1924, à 55 ans, Alexandra accomplit l'impossible : à pied, traversant les cols enneigés de l'Himalaya, déguisée en pèlerine mendiante, le visage noirci de suie, elle pénétra à Lhassa, la ville sainte du Tibet, interdite aux Européens. Le voyage dura quatre mois. Ils survécurent d'aumônes, dormirent dans des grottes et risquèrent d'être tués par des bandits.
Alexandra passa deux mois à Lhassa à étudier les monastères et les rituels. Lorsqu'elle fut découverte, elle avait déjà rassemblé des documents uniques qui servirent de base à des dizaines d'ouvrages sur le Tibet. Elle vécut jusqu'à 101 ans, voyagea jusqu'à 80 ans et demeura une rebelle jusqu'à la fin de sa vie, prouvant ainsi que l'âge, le sexe et les conventions ne sont pas un obstacle pour celles et ceux qui désirent vraiment découvrir le monde.
Nellie Bly : la journaliste qui a battu Jules Verne.

Auteur / Source photographique : Photographie de HJ Myers, issue de la division des estampes et photographies de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, sous l’identifiant numérique cph.3b22819. Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=478187.
Nellie Bly (née Elizabeth Cochran) a grandi dans une famille pauvre, mais a refusé d'accepter l'injustice dès son plus jeune âge. À 18 ans, elle a écrit une lettre indignée à un journal en réaction à un article intitulé « À quoi servent les filles ? » qui traitait du rôle des femmes. Le rédacteur en chef a été tellement impressionné qu'il l'a embauchée, à une époque où les femmes journalistes étaient rares.
Nellie n'écrivait ni sur la mode ni sur la cuisine. Elle travaillait sous couverture dans les usines pour dénoncer l'exploitation des ouvrières. Elle simula une maladie mentale pour être internée dans un hôpital psychiatrique et décrivit les conditions épouvantables qui y régnaient. Ses reportages firent évoluer la législation. Mais c'est un voyage autour du monde qui lui apporta la véritable renommée.
En 1889, Nellie proposa au journal New York World de refaire le voyage du héros du roman de Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, mais plus vite. Seule. Sans accompagnement. Le 14 novembre, elle partit avec un simple sac. Bateaux à vapeur, trains, pousse-pousse, sampans : Nellie traversa l’Europe, l’Asie et l’océan Pacifique à toute vitesse. Le monde entier suivit son périple grâce aux dépêches télégraphiques. À Amiens, elle rencontra même Jules Verne en personne, qui lui serra la main et lui souhaita bonne chance.
Le 25 janvier 1890, après 72 jours, 6 heures et 11 minutes de voyage, Nellie arriva à New York. Des milliers de personnes, des orchestres et un feu d'artifice l'attendaient. Elle devint une célébrité mondiale. Nellie prouva qu'une femme pouvait voyager légère, rapidement, seule et en toute sécurité. Elle brisa le stéréotype de la femme vulnérable en voyage.
Aujourd'hui, de nombreuses femmes peuvent acheter un billet, monter à bord d'un avion, d'un train ou réserver un transfert aéroport – et aller où elles veulent. Cela leur paraît naturel. Mais il y a à peine 100 ans, c'était impossible. Le droit de voyager librement est le fruit du combat de ces femmes en pantalon et veste qui ont risqué leur réputation, leur santé et leur vie pour prouver que le monde est ouvert à tous. Puisse chaque voyage nous rappeler la liberté pour laquelle ces femmes remarquables se sont battues. Bonne Journée internationale des femmes !
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